La lumière dans ma chambre





En hiver, le soleil rentre à flot dans ma chambre et révèle la poussière éparpillée sur le plancher ou qui s’agrège et forme des moutons dans les coins, sous la table et le lit. Il passe lentement d’un mur à l’autre après avoir courbé des photos et des feuilles de papier, jaunit le dos de mes livres et réchauffe plus ou moins chaque objet selon sa couleur, sa texture et l’angle selon lequel il est frappé. Certaines surfaces, en plastique ou en verre, renvoient un fragment de lumière au plafond ou sur un mur encore dans l’ombre, et ces figures géométriques s’allongent et rétrécissent de manière paresseuse, sans se soucier de prendre une forme reconnaissable. Lorsque mon lit est entièrement illuminé, je me persuade que tous les restes de transpiration tapis dans les profondeurs du matelas s’évaporent sous la pression des rayons du soleil, et qu’avec eux s’en vont aussi les mauvais rêves, les anxiétés répétitives du demi-sommeil. Ensuite, l’écran du réveil devient illisible et le journal froissé dont j’ai lu quelques pages la veille au soir se défraîchit prématurément. Le mur orienté à l’est est le dernier touché, et avec lui quelques affaires qui traînent au sol, des magazines, des sacs plastiques, un carton à dessin et la télévision. Elle est la proie idéale du soleil, qui fait craquer sa grosse coque noire, épaisse et matte. Au bout d’un certain temps, la lumière se concentre sur le mur et forme un parallélogramme de plus en plus étroit et de plus en plus chaud, jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une ligne jaune et tremblante, un peu après 15 heures. C’est le moment où la pièce change de nature : l’atmosphère est moelleuse, tranquille, et c’est comme si l’endroit lui-même faisait la sieste. Ensuite, la ligne devient diffuse, elle s’épaissit un peu, puis en l’espace de vingt ou trente secondes, elle rétrécit et disparaît.